La police wallonne contestée

A en croire les derniers rapports annuels de l’Inspection générale, la majorité des plaintes visent des policiers francophones, surtout liégeois.Par Ettore Rizza

Les flics wallons contestésLe gros des plaintes contre la police concerne l’usage de la violence et la privation arbitraire de liberté© Pierre-Yves Thienpont

Les policiers francophones sont nettement plus critiquables que les Flamands. Et les flics liégeois sont les plus « véreux » du royaume. C’est du moins ce qu’on pourrait croire en lisant trop vite le rapport 2010 de l’Inspection générale de la police fédérale et de la police locale, l’un des organes chargés, entre autres, de traiter les plaintes contre les policiers.

Jugez-en. Alors que la Belgique compte environ 60 % de néerlandophones et 40 % de francophones, le rapport laisserait penser exactement le contraire : 62 % des 1.174 dossiers traités l’an dernier par la direction « enquêtes individuelles » l’ont été en français, 38 % en flamand. Une proportion paradoxale que l’on retrouve peu ou prou dans les bilans annuels précédents. Si l’on classe les plaintes par arrondissements judiciaires, lequel arrive en tête ? Celui de Bruxelles et son 1,63 million d’habitants (chiffre de 2007) ? Celui d’Anvers, qui en compte 970.000 ? Non : de loin celui de Liège, « à peine » peuplé de 634.000 âmes.

Sachant que 78 % des plaintes concernaient la police locale – contre 22 % pour la police fédérale –, examinons le pourcentage de plaintes contre les zones de police par provinces. A nouveau, celle de Liège et ses 21 % se taille la part du lion, devant la Région Bruxelles-Capitale tout entière, le Hainaut, Anvers et très loin devant la Flandre-Orientale ou la Flandre-Occidentale (voir le camembert ci-dessus). Or tous ces outsiders sont plus peuplés qu’elle. Bref, la région bilingue bruxelloise mise à part, les chiffres liégeois à eux seuls expliquent en grande partie le déséquilibre entre les dossiers néerlandophones et francophones. Mais que se passe-t-il donc dans la principauté ?

1. L’inspection liégeoise est proche de son principal public. Outre son siège central bruxellois, l’Inspection générale compte un poste déconcentré par ressort de cour d’appel, soit à Anvers, Gand, Liège et Mons. Or le poste de Liège, qui couvre aussi les provinces de Namur et du Luxembourg, est devenu une petite institution en cité ardente. Motif : il se trouve en centre-ville, rue Darchis, à moins de 2 km de l’hôtel de police de la plus grande zone des trois provinces (38 % des dossiers à elle seule). « Notre particularité, c’est que 70 à 80 % des dossiers sont entamés chez nous plutôt qu’aux services de contrôle interne des zones », explique le commissaire Jean-Luc Dessart, du poste d’inspection liégeois. « La zone de Liège nous renvoie ceux qui craignent de porter plainte contre un policier dans son propre commissariat. La qualité de notre travail et le bouche-à-oreille font le reste. »

A Charleroi, autre grande zone de police wallonne, les plaignants qui souhaiteraient s’adresser au poste déconcentré de l’Inspection générale doivent parcourir 45 km pour se rendre à Mons. Dissuasif. De la même manière, le poste de Liège ne reçoit pratiquement aucune plainte venant d’Arlon.

2. L’une des deux inspections générales flamandes est dépeuplée. Alors que Liège dispose d’un cadre complet de quatre inspecteurs, le poste de Gand n’en comptait que deux en 2010. Or le ressort couvre la Flandre-Orientale et Occidentale, soit près de 2,5 millions d’habitants…

3. Les francophones auraient la plainte plus facile. Il faudrait appuyer l’affirmation sur une solide enquête sociologique. Mais sur le terrain, des inspecteurs estiment que « le public Wallon est peut-être plus revendicatif, plus impulsif. Comparez le nombre de grèves en Flandre et en Wallonie ».

Question de mentalités donc.

Ce qui n’explique en rien pourquoi au Comité P, l’autre « police des polices », la grande majorité des plaintes (près d’un tiers) proviennent chaque année de Bruxelles-Capitale, suivie de la Flandre, tandis que la Wallonie n’en recueillait qu’un cinquième en 2009.

Vous avez dit bizarre ?

 

Source (Le Soir – Ettore Rizza)

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Classé dans Société

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