La problématique somalienne (dossier sur la Somalie)

Pas de ramadan pour les Somaliens

 

« La décolonisation sera la renaissance du berceau de l’Humanité » disait-on, lorsque les grandes puissances italiennes, anglaises, françaises et belges retiraient leurs colons d’Afrique. Mais aujourd’hui, quand est-il de l’Afrique ? Quand est-il du continent aux mille richesses ? Cette terre qui a accueilli et bercée les premiers hommes de notre Humanité est aujourd’hui déchirée par la pauvreté, la violence et les dictatures. Et pourtant, l’Afrique est le joyau de notre Terre. Ce continent abrite des merveilles naturelles, mais aussi des chefs-d’œuvre tirés de la main humaine. Les pyramides, le gargantuesque désert du Sahara, les stèles d’Aksoum au nord, le Kilimandjaro, les chutes Victoria, et l’incroyable réserve naturelle de Kruger au sud, font de ce continent la huitième merveille du monde. Et pourtant, si l’on regarde l’Afrique d’aujourd’hui, la beauté n’est plus que superficielle. Dans ce monde, on peut côtoyer des rebelles armés jusqu’aux dents, des pirates abordant des bateaux en barque, des enfants squelettiques, des dictateurs riches à millions et certainement la plus grande épidémie de sida dans le monde. Comment un continent si riche d’un point de vue historique, culturel et géostratégique a-t-il pu tomber dans les abysses de notre monde politico-économique ? Car il ne faut pas le nier, l’Afrique est riche ! C’est d’ailleurs sans doute le continent le plus riche au monde. En effet, on peut y trouver des réserves de chrome, de platine, de cobalt, d’or, de gaz, de pétrole, de diamant, de manganèse, de cuivre, de fer, d’uranium et de charbon ! Mais l’histoire en a voulu autrement : après les grandes déportations esclavagistes, ce fut la période coloniale. Les colons imposent leur culture à une société stigmatisée par l’esclavage. Tout doit être occidental ! Les autochtones apprennent la langue du pays protecteur et toutes leurs coutumes sont bafouées. Le colon va jusqu’à imposer sa sexualité aux natifs : d’où la position « missionnaire ». Et depuis la décolonisation du continent africain, ce sont des dictatures qui prirent le pouvoir pour créer le malaise entre les cultures, les tribus et les sociétés. Il n’est pas nécessaire de citer le malaise racial sud-africain, le malaise économique du Darfour, le malaise culturel du Congo…

Mais le plus grand malheur dans le désastre africain est certainement le drame de la corne d’Afrique. Cette corne – qui n’est certainement pas d’abondance – vit aujourd’hui la plus grande sécheresse au monde, et ce, depuis plus de soixante ans. Que sait-on de la Somalie ? « Ce sont des pirates extrémistes qui profitent du juteux passage maritime pour bloquer l’économie mondiale ». D’accord, dans un sens, ce n’est pas faux. Mais quelle est l’autre impasse possible pour un homme qui doit nourrir sa famille ? La marginalité, la rébellion, et donc la piraterie sont les seules possibilités pour ces gens qui meurent de faim, pour ces gens qui vivent depuis de nombreuses années sans gouvernement central.

Carte fournie par National Geographic

Mémo historique :

Au 19e siècle, le Royaume-Uni occupe la partie nord de la Somalie – en l’occurrence : le Somaliland. Cette colonie vise à empêcher la France de profiter des avantages économiques de la mer Rouge. En contrepartie, le sud de la Somalie est occupé par l’Italie, qui veut accéder à une gloire coloniale et juguler l’hémorragie démographique dont elle souffre. Le peuple somalien est maintenant divisé en deux parties : le nord – anglais, et le sud – italien. Mais le peuple fragmenté et colonisé n’en reste pas moins uni. Les Somaliens vont même créer un projet national pour réunifier la « grande Somalie ». C’est avec le premier gouvernement somalien libre, en 1960, que ce rêve devient réalité. Cependant, cette réunification ne plait pas à l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), qui refuse la réunion de la Somalie italienne, de la Somalie anglaise – le Somaliland, mais aussi de la Somalie française – aujourd’hui : Djibouti. La « grande Somalie » est enfin unifiée, et présidée par un gouvernement démocratique. En 1969, le général Mohamed Barré s’empare du pouvoir par un coup d’État, il y instaure un régime socialiste. Barré décide d’agrandir son territoire pour continuer l’unification de la « grande Somalie », il envahit la région éthiopienne de l’Ogaden. Malgré le régime socialiste somalien, l’U.R.S.S. et Cuba supportent grandement l’Éthiopie. Cette dernière reprend les terres de l’Ogaden et remporte le conflit. Les combats firent de nombreuses victimes et alimentèrent un flux de réfugiés – que l’économie nationale ne peut supporter. Souhaitant garder le pouvoir en Somalie, Barré durcit son régime et délaisse l’espoir d’une « grande Somalie », pour les Somaliens : c’est une trahison. En 1991, le nord du pays déclare son indépendance suite à de nombreuses émeutes anti-Barré : le Somaliland est créé. Dans le sud, la Somalie n’a plus de gouvernement depuis la chute de Barré.

Principalement musulmans, les Somaliens respectent à la perfection le jeûne du ramadan – c’est bien simple, ils n’ont rien à manger. Alors que ce ramadan a pour but d’enseigner aux musulmans la patience et la spiritualité. Les habitants des Émirats arabes unis mangent leur pain blanc, jouant au golf sur une ile privée pendant que les Somaliens jeûnent jours et nuits dans une sécheresse lunaire. Car – au risque de piétiner la traque aux islamophobes norvégiens – pour les Dubaïotes, les Somaliens ne sont que des musulmans de seconde zone. Qui dira le contraire ? Les donateurs occidentaux – c’est-à-dire le contribuable ouvrier européen – sont fatigués de donner pour un pays qui ne se redressera jamais. Il ne se redressera jamais, car la famine ne vend pas. La famine est quelque chose de long, qui n’est pas dû à une catastrophe subite. Elle ne crée pas le « buzz ». Le donneur préfère donner pour des causes dites « d’urgence » tel qu’un tremblement de terre, un tsunami ou une centrale nucléaire non entretenue par un État véreux. Le Consortium 12-12 – regroupant cinq grandes organisations humanitaires (Caritas international, Médecins du monde, Handicap international, Oxfam solidarité et Unicef Belgique) – n’avait récolté que 500.000 euros dans les premiers dix jours de campagne. Mais où sont les riches musulmans ? Où sont les riches hommes d’affaires – magnats du pétrole ?

Le problème n’est pas de donner, loin de là, l’Européen donne pour la famine en Afrique. Le problème est la prise du pouvoir des islamistes dans le sud de la Somalie. En effet, le groupe terroriste et islamiste : Al-Shabaab, contrôle la Somalie. Les islamistes profitent de l’anarchie du pays pour imposer leur joug et leur dogme. Parfois, ils empêchent les Somaliens d’accéder aux zones gouvernementales. De plus, ils détournent certaines aides humanitaires sous prétexte que celle-ci n’est pas « halal », c’est-à-dire licite. Al-Shabaab profite de la crédulité des Somaliens pour les endoctriner en évoquant le discours : « les Occidentaux amènent l’aide humanitaire comme arme pour contrôler l’Afrique et la Somalie ».

Je ne critique en rien l’Islam, mais je condamne les islamistes radicaux qui usent de la ruse pour  apprivoiser un peuple perdu dans l’anarchie depuis plus de 20 ans. Car, au-delà de tout idéal politique, ce sont des femmes, des enfants, des vieillards et des pères de famille qui sombrent dans une terrible crise. Ce n’est pas seulement une crise économique, mais une crise sociale, identitaire, climatique et de famine. Je demande à la communauté internationale de s’indigner du sort de ses quelque 10 millions de personnes (selon l’atlas officiel de la C.I.A., le chiffre exact est cependant extrêmement difficile à établir pour cause des nomades et du manque d’information du gouvernement somalien) qui vivent aujourd’hui sans eau, sans nourriture et sans sécurité.

Avant de faire une politique d’expansion pseudodémocratique et de démantèlement d’États existants, je pense qu’il faudrait d’abord remettre de l’ordre dans un pays où l’État est inexistant. Le rêve de la « grande Somalie » est toujours possible.

Le Morse.

Article sur Red Kremlin : la crise somalienne aurait pu être éviter !

N’hésitez pas à commenter l’article.

Remerciements à Aden Moussa et Jules-Henri Poncelet pour les informations.

Remerciements au Consortium belge 12-12 et aux donneurs.

Wikipédia.org 

http://www.rue89.com/2011/08/08/laide-a-la-somalie-victime-de-la-fatigue-des-donateurs-217161

http://www.lecongo.info/news/kenya-somalie-la-famine-affecte-surtout-les-femmes-et-les-enfants/ 

Le Somaliland, une exception africaine (par Gérard Prunier) 

Chronologie de la Somalie par Le Monde 

Article intéressant concernant la Somalie et l’Europe

3 Commentaires

Classé dans Histoire, Monde, Société, Somalie

3 réponses à “La problématique somalienne (dossier sur la Somalie)

  1. FAMINE – L’insécurité et les détournements de l’aide humanitaire en Somalie rendent encore plus vulnérables les 3 millions de victimes de la pire sécheresse depuis 60 ans…

    La crise s’aggrave dans la Corne de l’Afrique. Lors d’une réunion jeudi à Rome sur la sécheresse et la famine qui sévissent dans la région, le directeur de l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a averti que «plus de 12 millions de personnes risquent aujourd’hui de mourir de faim.»

    Mais la situation est encore pire en Somalie, où les violences et détournements de l’aide internationale rendent encore plus vulnérables les 3 millions de victimes. L’aide humanitaire est bloquée par les rebelles islamistes Shebab, qui combattent le gouvernement de transition.

    Selon Human Rights Watch, les travailleurs humanitaires peinent à faire leur devoir. «C’est un combat de tous les jours pour faire parvenir cette aide à des populations qui se trouvent dans un besoin extrême. La situation des travailleurs humanitaires reste très peu sûre», explique Neela Goshal, chercheur en poste à Nairobi à la division Afrique d’HRW.

    L’aide, une cible convoitée par les milices armées

    Mahieddine Khelladi, directeur exécutif de l’ONG Secours islamique, préfère parler de «risque important» de détournement. «Dans un hôpital que j’ai visité auquel on avait envoyé des médicaments, la pharmacie était vide», raconte-t-il, en appelant à «améliorer la coordination de l’aide».

    Il reconnaît toutefois une «forte pression» pour détourner l’aide: «Quand on a fait la distribution dans une zone contrôlée par les Shebab, les milices armées nous ont demandé une part de l’aide. On a refusé en expliquant que s’ils insistaient on partirait sans rien donner, et ils nous ont laissé faire. C’est sûr qu’avec la multiplication des groupes armés, l’aide humanitaire qui arrive devient une cible très convoitée», observe-t-il.

    De son côté, le gouvernement fédéral de transition somalien a démenti les accusations selon lesquelles certains responsables de l’administration publique auraient détourné l’aide humanitaire. Dans un communiqué publié mardi, les autorités somaliennes ont affirmé qu’«une enquête est en cours pour connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire» et que «les responsables seront traduits en justice, s’ils sont reconnus comme tels».

    Le PAM enquête sur les détournements

    Le Programme alimentaire mondial (PAM) reconnaît lui aussi qu’une partie de l’aide est détournée. Il réfute en revanche les chiffres avancés. «Certains parlent de 20 à 50%. C’est énorme! Nous fournissons 5.000 tonnes de nourriture chaque mois à Mogadiscio. Il n’est pas concevable que la moitié soit détournée. Ce n’est pas avéré et c’est même impossible d’un point de vue logistique», assure Marie Wentzell, porte-parole du PAM en France.

    «Nous ne nous voilons pas la face et nous prenons les allégations de détournement au sérieux, ajoute-t-elle. La Somalie est l’environnement le plus dangereux et difficile dans lequel nous opérons. S’assurer que l’aide parvient aux bénéficiaires est une préoccupation constante. On va accélérer nos enquêtes pour voir ce qu’il en est, mais cela ne va pas se faire du jour au lendemain.»

    Dans le New York Times, Mark Bowden, le chef des opérations humanitaires des Nations unies en Somalie, précise que «le vol de l’aide alimentaire est un problème ancien et profondément enraciné» dans le pays, en proie à la guerre civile depuis plus de vingt ans et dont le gouvernement de transition ne contrôle que la capitale.

    http://www.20minutes.fr/monde/somalie/772112-somalie-aide-humanitaire-detournee

  2. Pingback: La crise somalienne aurait pu être évitée ? | Red Kremlin

  3. democit

    Vous ne critiquez en rien l’islam dites vous. Bien, la situation dans ce pays n’est-elle pas le résultat de l’action continue des Sheeba et avant eux de leurs pères les tribunaux islamiques qui refusent les étrangers, bla bla bla.
    Le problème de la piraterie est secondaire, une mitrailleuse sur chaque bateau et une demi douzaine de gardes déterminés et il n’y a plus un seul pirate en Océan Indien. Et alors, le peuple somalien consacrera sa force à régler les problèmes intérieurs de la Somalie et à en chasser ses tortionnaires qui n’ont jamais été les colons.

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