Toute la musique qu’on aime 3 : Le Grand Sourd

Il n’est pas possible de rester insensible à la musique classique. Non c’est vrai ! On peut détester l’Opéra, car le registre lyrique ne peut plaire à tout le monde, mais la musique classique est une alchimie de sentiments qui ne peuvent être boutés. Dire que l’on n’aime pas la musique classique reviendra à avouer d’une façon idiote que l’on ne connait pas la musique en général. Bien sûr, il est possible d’avoir des préférences : que ce soit Bach, Beethoven, Mozart, Lully, Vivaldi ou Strauss. Mais le message reste le même : l’amour, la passion, l’osmose avec la musique, les notes, les instruments, la vie. Que ce soit le catholicisme exacerbé de Bach, l’Humanisme de Beethoven, l’amour de Lully pour le roi Louis XIV, le génie de Mozart ou même l’antisémitisme controversé de Wagner, chaque pièce de ces artistes reste un morceau unique à analyser et décortiquer dans tous les sens pour en jouir au maximum.

Je voudrais plutôt m’attarder à ce qui est – pour moi – la plus belle symphonie de tous les temps. Une symphonie qui nous emmène dans un endroit secret, un paradis caché au-delà des barrières de l’Homme et de l’univers. Là où le style viennois de Mozart l’empêchait de s’aventurer, là où Bach ne pouvait s’essayer, car sa religion l’interdisait, cet endroit où seul Beethoven pouvait s’y promener, s’inspirant de chaque beauté que la Terre pouvait lui offrir. Je parle bien évidemment du paroxysme dans l’oeuvre  de Ludwig Van Beethoven : la 9e symphonie. Ce magnifique hymne à la joie qui fut malheureusement fraichement entaché par les déjections nauséabondes d’un hymne patriotique européen. Mais heureusement, Beethoven garde la tête haute, il se fiche des hommes qui salissent son merveilleux travail : il sait ce qu’il vaut. Car Beethoven vivait constamment dans sa musique. Malchanceux en amour – il faut l’avouer ce n’est pas un premier prix de beauté – et handicapé musicalement – toute sa vie il a dégringolé dans la surdité –, il faut le dire, Beethoven n’était pas un homme heureux. D’ailleurs, sur chaque buste, chaque portrait que l’on a de lui, il fronce les sourcils et fait apparaître des traits durs : comme s’il souffrait constamment. Et Beethoven souffrait, il souffrait pour faire sonner chaque moindre note, pour que chaque son soit travaillé, plein, et enrobé d’une couche spirituelle dont seul Beethoven avait le secret. Vous devez penser que je suis fou à éplucher les symphonies de cet homme à la façon dont on épluche une orange, mais je ne vous demande qu’à écouter. Écoutez le travail d’un homme qui fut sourd pendant la plus belle partie artistique de sa vie. Écoutez la neuvième symphonie, comprenez son message humaniste : Dieu crée la Terre, mais le futur appartient à l’Homme, et seul l’Homme pourra magnifier l’avenir ! Écoutez les appels de Beethoven : « Freunde ! » (Camarade), prenez-lui la main et laissez-le vous guider à travers son œuvre forte en symboles.

9e symphonie de Beethoven

Rappelez-vous : l’Homme est l’avenir de l’Homme – il était gonflé Ludwig ! Et pourtant, c’est le premier compositeur à véhiculer un tel message. Malheureusement, ce message est très souvent incompris, et aujourd’hui Beethoven n’est d’autre que le compositeur du légendaire « Pom Pom Pom Pôm » (5e symphonie). Mais parlons de ce « Pom Pom Pom Pôm » ! Ce compositeur arrive à nous transporter avec quatre notes aussi simples, il arrive à faire une symphonie à partir d’un simple « Pom Pom Pom Pôm ». Mais je trouve que – à mon goût – la 5e a tendance à se répéter, je préfère la sonate au clair de Lune – tout simplement magnifique – et la 3e symphonie (l’Héroïque !), réelle ode à Napoléon. Pour la petite anecdote : Beethoven compose la 3e symphonie pour Napoléon, car pour lui, il incarne très bien l’idéal révolutionnaire de 1789. Cependant, quand la 3e est publiée, l’Empereur bombarde Vienne, la ville où Beethoven réside, ce dernier va donc effacer le nom de l’empereur sur le papier de la symphonie.

Mais revenons au plus beau travail du Grand Sourd : la 9e symphonie. Il est bon de savoir que Beethoven a composé cette symphonie en étant entièrement sourd ; là est toute la passion de l’homme pour la musique. On a beau dire qu’il était casanier, malpropre, impoli et rustre, mais comme le dit si bien le film « Ludwig van B. » : « Je ne peux aller vers les gens à cause de mon handicap », surtout à une époque où le handicap est encore incompris, particulièrement la surdité pour un musicien. Mais si Django Reinhardt a réussi à jouer à la guitare avec trois doigts, si Ray Charles s’est accroché à la vie malgré sa cécité et son incroyable addiction à l’Héroïne c’est par passion ! La passion pour la musique, pour les notes et pour la société. Si Beethoven aimait tant sa musique, c’est parce qu’il aimait l’Homme. Il avait confiance en l’Homme et méprisait le cynisme, le nihilisme, le pessimisme et la satiété. Car tel est le message de Beethoven : il donnera à manger aux blasés, ôtera le masque d’indifférence aux nihilistes, montrera la réelle luminosité du monde aux cyniques et fera rayonner le visage des pessimistes.

La 5e symphonie de Beethoven et son légendaire Pom Pom Pom Pôm

Mais ceci est possible en écoutant n’importe quelle symphonie classique, car – comme je l’ai déjà dit – personne ne peut être indifférent à la musique classique ! Elle peut vous émouvoir, vous énerver, vous monter contre le système, vous rendre gai, elle peut même vous gonfler ; mais elle suscite en vous un sentiment, un ressenti. Un ressenti qui n’est pas universel chez les contemporains, car ils n’ont pas tous la même passion. Un artiste contemporain aura une certaine passion qui ne sera pas partagée par le monde entier. En contrepartie, les Classiques (Bach, Beethoven, Mozart…) ont la passion de la base, du socle, des racines, du fondement même de la musique ! Ils ne peuvent être qu’universels. Il serait hypocrite de dire que je suis un amateur de musique classique et que je ne garde l’exclusivité que pour ce style, car j’aime aussi de nombreux autres styles modernes. Mais ces styles modernes ne peuvent être internationaux. Alors oui, la musique classique est vieille et démodée, mais ne pas l’aimer reviendrait à ne pas aimer la musique.

Pour exemplifier la création de sentiments par la musique classique, je vais paraphraser la citation sarcastique de Woody Allen : « Lorsque j’écoute Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne », faisant bien évidemment référence à l’utilisation des œuvres de Wagner sous le régime nazi. Car ça, il faut le reconnaître, les nazis avaient le goût pour la musique. Il est malheureux de voir des compositeurs, tels que Wagner ou Beethoven, devenir les fétiches musicaux d’un régime envoyant les Juifs dans les camps de la mort. Mais il faut le reconnaître, ils avaient bon goût. Mais ils n’avaient pas compris l’amour qu’avait Beethoven pour l’Homme, ils n’avaient pas compris son Humanisme, comme ils n’ont jamais compris le réel message du surhomme de Nietzsche. Pour ce qui est de la musique, c’est l’Allemagne : Bach, Beethoven, Mozart, en revanche, pour ce qui est de la littérature, c’est la France : Hugo, Voltaire, Apollinaire…

La chevauchée des Valkyries de Wagner. Attention, ceci est un opéra, et ne peut plaire à tout le monde.

Sur ce, je retourne à l’écoute de la 9e symphonie pour terminer en beauté cette journée. Le plus malheureux dans cette histoire c’est que le seul à ne jamais avoir entendu ce réel bijou… c’est Beethoven lui-même.

Regardez, il souffre. 

Le Morse.

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