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Étudiants, soulagez-vous dans les urnes !

Élections étudiantes à l’ULg, encore un grand cru !

L’année passée, nous avions le plaisir de voir trois listes présentent aux élections de l’ULg. Il y avait priorité étudiante, qui est aujourd’hui à la majorité, généraliste, dont le jeu de mot relatif à leur nom fait encore rire, et My List. Alors que les premiers avaient joué la carte de l’électoralisme à l’écoute, les deux autres se perdaient plutôt dans des arguments imprécis et dénués de sens.

L’idée du sondage universel proposé par priorité étudiante afin d’établir leur liste faisait bien, elle ressortait un peu du lot. Et même si cette velléité démocratique témoignait de, soit une paresse à rédiger une liste correcte, soit à se laisser vaquer aux arguments électoralistes, elle ne semblait pas moins prometteuse. Mais les programmes à rallonge, les promesses à souhait et les idées fulminantes n’ont pas porté leurs fruits : aujourd’hui, un an après les élections, c’est toujours le statu quo. Alors oui, un joli édito dans le Torê (le journal officiel des étudiants : ndlr.) explique la difficulté de jouer les petits politiciens : mais cette tentative d’exemption de la part de nos élus fait douter, la mayonnaise ne prend pas. Une célèbre locution wallonne résumait très bien la situation : « prometteurs de Bon Dieu ».

Cette année, le millésime électoral est encore plus beau. Nous n’avons plus le choix, comme l’année passée, entre trois listes – qui, somme toute, présentaient exactement les mêmes idées – mais deux.

Notons d’une part le réengagement massif des populistes (priorité étudiante : NDLR), qui assiègent littéralement les couloirs, les réseaux sociaux et même les espaces verts du Sart-Tilman afin de promouvoir leur sondage et, par la suite, leur programme. D’autre part, une nouvelle liste vient d’arriver sur le marché : Essentiel. Il suffit d’un simple clic sur leur page officielle pour comprendre la crédibilité inexistante de ces rigolos. A-t-on déjà appris à ces futurs élus à rédiger un programme politique ? Le programme de la liste tient en quelques points évasifs qui – au fond – ne disent rien de concret. Ils se disent apolitiques, respectueux du droit des étudiants, à l’écoute, … Mais au fond, ils promeuvent quoi ? Encore une fois, il est aisé de voir ici l’ambition de certains étudiants à jouer les petits ministres et à se retrouver dans le bureau ovale de la Fédé. La politique, ce n’est pas faire joujou, elle n’est ni un jeu, ni une partie de plaisir – et encore moins un moyen de se faire remarquer. Du moins, sur papier…

La page officielle des élections étudiantes stipule clairement que « […] pour être valable, le scrutin doit avoir recueilli la participation d’au moins 20 % des étudiants régulièrement inscrits dans l’Institution. À défaut d’atteindre ce quorum, un second tour sera organisé. ». Dans ce cas, l’appel à ne pas voter est la seule et unique solution pour faire tomber ce jeu électoral risible.

Étudiants, soulagez-vous dans les urnes, votez pour vos amis si le cœur vous en dit, mais dans ce cas, personne ne peut plus rien pour votre conscience morale. Agissez en citoyens et montrez que le système électoral est un éternel moulin à crasse – tournant perpétuellement dans le même sens.

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Réflexion sur les relations

Les relations entre individus

Complexes sont les relations humaines, cependant, il n’est pas difficile de comprendre certaines bases utiles à la compréhension de la relation. Tout d’abord, il est aujourd’hui évident que les relations modernes sont basées sur l’hyper-communication. Dans la société actuelle, il est impossible de construire une relation sans être en perpétuelle communication.

Tout d’abord, je vais définir les deux types de relation : la relation traditionnelle et la relation virtuelle. Ensuite, je développerai les deux types, et surtout la relation virtuelle, pour expliquer comment la relation virtuelle virtualise nos relations traditionnelles. Et surtout : quelles en sont les conséquences directes et indirectes ?

Une relation est un rapport entre deux individus ; elle peut avoir plusieurs buts :

  1. 1.       Amical

Le but d’une relation traditionnelle peut être amical. Une relation amicale est basée sur la création d’un rapport de confiance entre les deux individus. Ceux-ci vivent des épreuves et la relation se renforce (ou se détériore) à partir de ses épreuves. Selon Platon, l’amitié est le rapport d’un être imparfait à un autre qu’il considère comme bon[1].

  1. 2.       Sentimental

Une relation sentimentale propose une césure avec la relation amicale. Le rapport de confiance est (normalement) plus puissant. Dans la relation sentimentale, il est question de sentiments amoureux et physiques.

           3.       Sexuel

Une relation à but sexuel recherche le plaisir absolu ; c’est une relation hédoniste. Ce type de relation est de plus en plus commun dans les sociétés modernes où l’Homme est impatient : il recherche le désir maximum dans un temps très court. La relation sexuelle (ou physique) n’implique pas les contraintes d’une relation amicale ou sentimentale (à savoir la jalousie, l’attachement, les épreuves à surmonter, …). La relation à but sexuelle est cependant extrêmement malsaine non seulement pour la psychologie des individus mais aussi pour la société (voir plus loin dans le chapitre sur la relation virtuelle).

            4.       D’intérêt

La relation d’intérêt est la relation la plus superficielle qui soit. Elle ne demande ni épreuves, ni confiance, ni quoi que ce soit que l’on retrouve dans les relations amicales, physiques et sentimentales. Ici, le rapport de confiance est remplacé par un rapport d’intérêt : chaque individu attend quelque chose de l’autre. Bien sûr, chaque relation possède sa part d’intérêt, mais la relation d’intérêt est majoritairement économique. La relation d’intérêt typique est la relation que le travailleur entretient avec son employeur (le travailleur attend sa rémunération et l’employeur attend un travail bien fait).

             5.       Superficiel

Enfin, la relation à but superficiel est la relation la plus atténuée. Elle se rapproche fort de la relation d’intérêt dans le sens où il n’y a pas de caractéristiques communes aux relations physiques, sentimentales et amicales. La relation superficielle est insignifiante, il n’y a – en effet – ni d’intérêt, ni de sentiments en jeu.

Après avoir définit les cinq types de relations traditionnelles, nous pourrions nous poser la question : Pourquoi certaines personnes sont plus enclines à se tourner vers une relation sentimentale que vers une autre ? En d’autres mots : Qu’est-ce qui crée la relation ?

La relation est donc un rapport entre deux individus. Pour que ces deux individus communiquent (et donc créent une relation), il faut qu’ils tombent d’accord sur certains faits. Dans le jargon populaire on parle là d’atomes crochus. Cependant, il n’est pas rare aussi de voir des individus diamétralement opposés s’entendre à merveille. À partir de cela, on peut définir deux catégories de relations[2] :

           1.       La relation égoïste

La relation égoïste se base sur les atomes crochus. En d’autres termes, l’individu s’attache à l’autre individu en vertu de ce qu’il retrouve en l’autre de lui-même. Les deux individus sont en relation car ils retrouvent en l’autre une partie d’eux-mêmes ; ils projettent leur « moi » en l’autre.

            2.       La relation paradoxale

La relation paradoxale est l’opposé de la relation égoïste. Les individus sont attachés non pas parce qu’ils sont semblables mais parce qu’ils se complètent. Le phénomène inverse est donc de mise : les individus cherchent en l’autre ce qu’ils n’ont pas. Ainsi, la relation crée un groupe de deux individus complets (l’un est équilibré mais n’a pas le sens de l’orientation et l’autre n’est pas équilibré mais possède le sens de l’orientation, par exemple).

La relation traditionnelle est donc maintenant plus claire à nos yeux : elle peut avoir plusieurs buts[3] et se divise en deux catégories[4]. Ceci peut paraître clair comme de l’eau de roche, mais l’apparition d’un nouveau type de relation perturbe les liens entre les individus modernes. En effet, la relation virtuelle a fait son apparition dans le vingtième siècle. Celle-ci était déjà présente depuis des millénaires[5] mais était plus que minoritaire. C’est l’apparition d’internet et des communications rapides qui créa la relation virtuelle. Avec cela, l’individu n’est pas obligé de passer des épreuves avec l’autre individu pour créer une relation. De plus, il peut choisir plus que jamais avec qui il entretient une relation. Alors que la relation traditionnelle est encore basée sur un facteur de hasard (la grande loterie des rencontres), la relation virtuelle est le fruit de la volonté de l’individu : il est le maitre de ses relations et les module à volonté selon ses désirs.

J’entends par relation virtuelle tout ce qui circule par un canal et non une interaction sociale. Une relation épistolaire, sur MSN, par téléphone, par textos ou par n’importe quel « canal » est reconnue comme virtuelle.

Le canal est le support sous lequel la relation virtuelle est basée. Le canal peut être un tchat, un réseau social, une lettre, un fax, un appel téléphonique, un texto, un logiciel de communication, …

Posons-nous maintenant la même question que pour la relation traditionnelle : Quels sont les buts de la relation virtuelle ? En réalité, leurs buts sont forts semblables. Mais nous remarquons que là où les relations amicales et sentimentales étaient majoritaires dans le système traditionnel, ce sont les relations superficielles qui sont prônées dans le système virtuel. Le but d’une relation virtuelle peut donc être :

1.       Sexuel

La première motivation d’une relation virtuelle est d’amasser un maximum d’amis (de relations) pour assouvir des besoins. Le besoin sexuel est un besoin naturel bien trop important chez l’humain que pour être négligé. De ce fait, de nombreux individus vont rechercher un plaisir sexuel et fantasmatique dans la relation virtuelle. L’intérêt que porte la relation virtuelle sur ce plan est non seulement le manque de gêne (le canal ôte toute honte aux individus : tout est possible) mais aussi la rapidité des liens. Dans la relation traditionnelle, il faut sortir de chez soi pour trouver une personne et coucher avec. Cette interaction coute de l’argent (aller dans un café, sortir en ville, …), de la motivation (honte, trouver le bon lieu, la bonne personne) et – surtout – du temps (rare est la personne qui offre des services sexuels gratuitement sur simple demande). Or, une relation virtuelle est rapide (chaque individu sur un certain canal sait ce que l’autre recherche), facile (il suffit de rester chez soi) et non basée sur un rapport de honte (le canal se charge de tout). De plus, il y a une grande part d’excitation dans la relation virtuelle en ce sens où l’individu a l’illusion d’une personne complètement dévouée à lui. La relation virtuelle à but sexuel offre une sensation de virilité sexuelle (chez l’homme) et de sensualité (chez la femme). Enfin, l’individu peut avoir autant de contacts qu’il veut – il peut donc choisir ses « préférés » et ses « fantasmes » sur commande.

2.       Sentimental

La relation virtuelle peut aussi avoir un but sentimental. L’individu recherche de la tendresse que le monde réel ne lui donne pas, il se tourne alors vers un canal virtuel pour créer une relation sentimentale à distance. Parfois, une relation virtuelle à but sentimental peut se muer en relation traditionnelle. En effet, l’individu peut rencontrer l’autre individu et de là créer une relation sentimentale sans canal. Cependant, il est des individus qui n’entretiennent que des relations virtuelles à but sentimental. Dans un sens, le but sentimental est souvent lié à un but sexuel : l’individu cherche à se créer un fantasme et recevoir la tendresse qu’il désire par le biais du fantasme. L’avantage de la relation virtuelle à but sentimental est – comme la relation virtuelle à but sexuel – la rapidité. Il n’est plus question de devoir sortir de chez soi pour avoir de la tendresse. Certes, la tendresse (et le fantasme) virtuelle n’est pas pareille à de la tendresse réelle et physique. Cependant, l’individu est dans l’illusion et forge lui-même sa relation : il est donc épanoui de sa relation virtuelle.

3.       De paraître

En troisième lieu, la relation virtuelle cherche à collectionner les amis : nous sommes dans le paraître – c’est le paroxysme de la superficialité. Ici, nous parlerons de syndrome Facebook, à savoir : l’individu qui a le plus d’amis est le plus aimé. Ou plutôt : l’individu pense être aimé. Les relations sont superficielles, les interactions inexistantes et – évidemment – virtuelles : on ne cherche qu’à amasser un maximum de relations pour montrer aux autres (avec qui on entretient des relations traditionnelles) que l’on a des tas d’amis et de connaissances (qui ne sont que des relations virtuelles). Toute personne sur les réseaux sociaux recherche cette plénitude égocentrique et de « collection d’amis », même si beaucoup démentent le faire – c’est un acte inconscient.

4.       Amical

Enfin, la relation virtuelle peut rechercher un but amical, c’est souvent le cas des « fausses familles ». L’individu recherche une confidence qu’il n’a pas dans le monde réel. Ainsi, il se met à nu devant un inconnu qui rentre dans sa sphère intime sans en profiter pleinement. Les individus gardent leur distance (et c’est de même dans toutes les relations virtuelles).

Mais qu’est-ce qui pousse tant de gens à se tourner vers la relation virtuelle ? Tout d’abord, je l’ai déjà expliqué : la rapidité des échanges. Mais aussi la superficialité. En effet, la société individualiste oblige les individus à sortir du lot pour qu’ils se distinguent des autres. Ainsi, l’individu ne veut plus de relations profondes et solides, mais des relations éphémères et – surtout – nombreuses.

Le fantasme de la relation virtuelle

La relation virtuelle est basée sur un fantasme réciproque entre les deux individus. En effet, contrairement à la relation traditionnelle, l’individu est maître de ce qu’il dit. L’individu contrôle totalement le canal. Ainsi, il ne montre qu’une infime partie de sa vie (quand celle-ci n’est pas inventée).

  • Dans une relation traditionnelle, il est presque impossible de contrôler certains facteurs : la timidité, la tristesse, les sujets de discussion et les lieux où l’on pourrait rencontrer l’autre individu par hasard.
  • Dans la relation virtuelle, tout est maîtrisable : le canal est contrôlé par l’écriture (la typographie de l’individu peut influencer l’émotivité), il discute de ce qu’il veut et peut mettre fin à la relation de façon aisée (il suffit de couper le canal et d’ignorer l’individu).

Ainsi, la relation est basée sur un fantasme. L’individu crée lui-même le personnage qu’il désire. Comme la relation est contrôlée, chaque individu ne voit qu’une infime partie de la vie de l’autre : de ce fait, il se crée l’autre et vit perpétuellement dans le fantasme. Le fantasme n’est malheureusement pas réel, ce qui amène une désillusion.

La désillusion

Chaque individu de la relation virtuelle est enchainé à l’illusion de l’autre. D’une part, il croit que l’autre est entièrement ce qu’il raconte de lui[6]. Et d’autre part, il croit que l’autre est ce fantasme qu’il s’est créé.

Cependant, il arrive toujours une information qui crée la désillusion. Il arrive toujours une erreur dans le contrôle du canal qui fait fuiter une information indésirable. Cette information provoque la désillusion. En effet, le fantasme est détruit (ou détérioré) par ce fait indésirable (mais pragmatique). Imaginons maintenant deux individus qui vivent dans une relation virtuelle à but sentimental. L’un imagine l’autre selon ce qu’il croit et ce qu’il désire que l’autre soit. Or, il arrivera toujours une information dite indésirable qui va casser ce fantasme (car le fantasme n’est pas réel).

Le fantasme est détérioré ou même totalement détruit : la relation virtuelle s’envole alors car les deux égos sont déçus l’un de l’autre. Là est le réel danger de la relation virtuelle : elle a beau être construite avec de matériaux solides (je lui accorde toute ma confiance et je m’y confie plus facilement qu’avec mon meilleur ami), sa base est néanmoins fine (le canal construit la relation sur un fantasme, une illusion).

Une relation virtuelle est donc une maison de pierre sur un tas de sable : un matériau solide mais une base illusoire.

La virtualisation de nos relations

Le danger n’est pas la montée des canaux permettant les relations virtuelles, car il est un principe démocratique de laisser tout individu gérer ses relations comme il le veut. Le danger est bien plus vicieux : il tient compte de la virtualisation que nous faisons de nos relations traditionnelles.

En effet, de plus en plus, nos relations traditionnelles sont prolongées par un canal. Jadis, quand un ouvrier partait en déplacement pour deux semaines, sa famille n’avait que très peu de nouvelles : une ou deux par semaines (par voie postale), un peu plus si l’on parle de l’époque téléphonique. De nos jours, tout est instantané et rapide, et donc, l’hyper-communication est prônée et le temps passe beaucoup plus lentement.

Un autre exemple très parlant : jadis, lors d’un rendez-vous, les individus attendaient une demi-heure (un peu plus, un peu moins, selon la patience de l’individu). Ils avaient l’habitude de patienter la venue de l’autre. De nos jours, le premier arrivé envoie un texto « J’y suis, tu es où ? ». Ce petit fait – à première vue totalement anodin – démontre parfaitement l’hyper-communication et la prolongation de la relation traditionnelle au travers d’un canal (virtuel !).

Et donc, les individus sont constamment connectés les uns aux autres : en relation traditionnelle et virtuelle à la fois. Là est le grand danger de la société moderne. Pourquoi ? Ceci est une explication aux nombreux divorces qui surviennent dans la société moderne.  Ces divorces sont provoqués par la virtualisation de nos relations. Or, s’il y a une virtualisation, il y a un fantasme qui se crée. Et donc, les individus ne se connaissent plus en profondeur mais que de façon superficielle : ce qui amène la désillusion. Le temps passe plus lentement, les individus se déçoivent et donc les couples ne tiennent plus autant qu’avant. La relation traditionnelle de nos grands-parents (et arrière-grands-parents) demandait plutôt aux couples à mettre de l’eau dans leur vin, alors que les relations virtuello-traditionnelles d’aujourd’hui prônent un individualisme exacerbé sur base du fantasme personnel.

Les divorces pourraient donc s’expliquer par cela.

Les relations familiales

La relation parents-enfants

Après avoir étudié les relations individuelles entre différents individus, attardons-nous maintenant aux relations parents-enfants. Certes, ce type de relation s’est honoré de nombreux articles, livres, études et débats – en somme : l’encre a coulé en abondance pour ce sujet. Mais au final, peu de personnes se sont intéressées à la virtualisation des relations que nous avons avec nos parents, par ailleurs, peu de personnes ont étudiés l’idéal des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. C’est ce sur quoi je vais m’attarder.

Tout d’abord, classifions différentes générations familiales pour comprendre plus aisément leurs pensées et leur mode de vie. Il est, en effet, impossible d’analyser de la même manière les générations ayant connu la Guerre et les générations d’aujourd’hui. (Voir tableau page suivante).

Année de naissance[7]

Dénomination

Entre 1930 et 1945 Génération de la Guerre 

  • Génération d’enfants élevés par des parents ayant connu la crise des années 20-30 et la Grande Guerre de 14-18.
  • Génération d’adolescents ayant grandi pendant la Seconde Guerre mondiale.
Entre 1945 et 1960 Génération post-armistice 

  • Génération d’enfants élevés par des parents de la génération de la Guerre, c’est-à-dire des personnes éduquées pendant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale.
  • Génération d’adolescents ayant grandi pendant les années 1950-1960, à l’ère de la Guerre Froide, du boom culturel et de la prise de conscience universelle de l’horreur de la Shoah.
Entre 1960 et 1975 Première génération flottante 

  • Génération d’enfants élevés par des parents de la génération post-armistice, c’est-à-dire des personnes éduquées durant l’après-guerre, la Guerre Froide et le boom culturel.
  • Génération d’adolescents ayant grandi dans les années SIDA et dans l’expansion du néo-libéralisme.
Entre 1975 et 1990 Seconde génération flottante 

  • Génération d’enfants élevés dans l’expansion du néo-libéralisme et l’effritement du monde communiste.
  • Génération d’adolescents ayant grandi dans les années 1990 : effondrement de l’URSS, génocide de Srebrenica et relâchement de la pression internationale.
  • Souvent confondue à raison avec la première génération flottante[8].
De 1990 à 2012 Génération moderne 

  • Génération des enfants gâtés par Internet, la technologie et la surconsommation.

Après avoir classifié les générations, il est maintenant plus aisé de les étudier et de voir plus ou moins dans quel clivage pourrons nous les classer.

Tout d’abord, il n’existe pas de famille parfaite, ni même de modèle à suivre. Mais ici, je vais tenter de démontrer pourquoi la génération moderne virtualise-t-elle les relations avec ses parents.

L’idéal

L’idéal est le modèle qui pousse les individus à agir. Dans l’enfance et l’adolescence, l’idéal est le but à atteindre, l’enfant veut devenir comme son idéal, c’est son modèle.À l’âge adulte, l’idéal est une fin que l’individu tente d’approcher, mais son but est surtout de le diffusion aux générations futures.

 

Dans la génération de la Guerre et la génération post-armistice, les enfants furent élevés dans un contexte politico-social extrêmement tendu. La génération de la Guerre fut élevée par, soit des parents usés de 14-18 et de la dépression, soit des parents manipulés par l’expansion du fascisme dans les modes de pensée. Ces enfants furent élevés durement, dans des conditions pauvres et dans un contexte de peur : la peur de l’étranger (pour le modèle familial fasciste) ou la peur du conflit (pour le modèle familial modéré).

Bien sûr, ceci est totalement approximatif, voir cliché. Mais il est certain que ces deux générations eurent des enfances plus difficiles que les générations modernes : le travail manquait, l’argent se faisait rare et la peur était omniprésente. Même si les deux générations se ressemblent, il existe cependant une différence prépondérante : la Guerre. La Seconde Guerre mondiale est vécue par la génération de la Guerre, alors que la génération post-armistice ne vit que dans un conflit latent (la Guerre Froide). Il y a d’une part une peur réelle et vérifiée par les combats, les bombardements et les emprisonnements civils pour la génération de la Guerre, et d’autre part une peur plus anxiogène et camouflée (de la bombe, du conflit qui risque d’éclater, du spectre communiste/capitaliste) dans la génération post-armistice.

Néanmoins, la génération post-armistice connaît une explosion culturelle ; c’est l’époque du rock n’ roll, de James Dean, du cinéma moderne, de la musique psychédélique et de l’émancipation des jeunes. Cette génération camoufle sa peur dans la culture et la libération – c’est d’ailleurs l’époque des grandes révolutions sociales (Mai 68, printemps de Prague, …). À cette époque, les jeunes de la génération post-armistice sont vus comme des révolutionnaires alors que les vieux de la génération de la Guerre sont vus comme des réactionnaires.

Ce qui nous intéresse dans ces deux générations[9] : c’est l’idéal que les individus avaient durant leur enfance, leur adolescence et leur jeune âge adulte.

  1. Durant l’enfance, le modèle à suivre est le modèle familial : l’enfant est fasciné par ses parents[10] et il calque son modèle de vie sur eux.
  2. Durant l’adolescence, le modèle des parents semble désuet, il est temps de se révolter et de montrer que l’enfance est dépassée. Souvent, l’adolescent prend le contrepied de ses parents. Le modèle à suivre n’est donc plus le modèle familial, mais plutôt un modèle idolâtre. Les adolescents sont plutôt fascinés par une idole de cinéma, de musique, de religion, ou même d’un ami qu’ils idolâtrent.
  3. Durant l’âge adulte, l’individu s’assagit, il réfléchit et fait le point sur son enfance et son adolescence. Il calque alors son mode de vie sur le modèle familial et le modèle idolâtre, il arrive à un compromis entre l’idéal de l’enfance et l’idéal de l’adolescence.

De ce fait, l’individu s’équilibre lui-même, il a vécu différentes phases de sa vie (du conformisme de l’enfance à la révolte de l’adolescence) et arrive à y tirer un compromis. Il enseignera ce compromis à ses enfants, et ses enfants continueront le cycle (conformisme è révolte è compromis è enseignement du compromis aux générations futures).

Bouleversement de l’idéal

L’idéal fut grandement bouleversé par l’accélération du mode de vie et l’apparition des technologies virtuelles. Depuis la révolution industrielle, tout doit aller de plus en plus vite et l’argent est le centre de la vie. L’accélération de la société a été grandement précipitée par l’apparition des technologies virtuelles[11].

C’est avec cette accélération – et par ailleurs la révolution féministe – que les ménages durent faire travailler leurs femmes. Les droits changèrent et le père, comme la mère, travaillait. L’homme était à l’égal de la femme – nous touchions à la perfection. Cependant, cette révolution amena un changement considérable dans nos familles : il n’y a plus de membre de la famille qui est en permanence à la maison. De ce fait, les enfants sont obligés de bricoler une éducation lorsque les parents sont absents.

Dans cette génération, les familles ne peuvent plus vivre avec une femme au foyer : le salaire d’un seul individu ne peut couvrir les besoins de toute la famille. Par ailleurs, la révolution féministe poussa les femmes à trouver un travail pour être à l’égal de leurs maris, ce qui est totalement légitime.

Mais malgré la légitimité de cette égalité, le bricolage aveugle d’une éducation est néfaste pour l’enfant. En effet, il n’a plus l’idéal familial à suivre : il trouve lui-même un modèle à suivre – souvent tiré de l’imaginaire. Et donc, les idéaux de la génération moderne sont bouleversés.

Les idéaux de la génération moderne :

  1. Durant l’enfance, l’individu bricole son éducation, il n’y a plus de mère ni de père pour instituer un idéal fort. Par ailleurs, les relations familiales se virtualisent et deviennent de plus en plus superficielles ; le temps manque. L’enfant est obligé de se tourner vers un idéal qu’il pourrait partager avec quelqu’un d’autre, mais comme la famille est absente, il se tourne vers l’idéal de ses amis. Souvent, l’idéal des enfants est un super-héros, un personnage historique ou une idole.
  2. C’est à partir de l’adolescence que la rupture se fait. Dans les générations précédentes, c’est à l’adolescence que l’individu rompt avec l’idéal familial pour trouver en des idoles un idéal qui lui est propre. Cependant, l’idéal de l’enfant est déjà l’idole, il est donc confondu avec l’idéal qui devrait être celui de l’adolescence. Que peut-il faire ? Souvent, il cherche un idéal qui reste dans le domaine des idoles, mais il le met à jour. Ainsi, un enfant né dans les années 1990 verra son idéal d’enfant comme ringard et le mettra à jour pour quelque chose qui lui est plus propre.
  3. Enfin, à l’âge adulte, l’individu ne peut pas faire de compromis entre l’idéal de l’enfance et l’idéal de son adolescence car les deux idéaux sont relativement identiques. La génération qui vient est donc une génération qui a basée toute son enfance et son adolescence sur quelque chose d’irréel ou de superficiel.

Ce changement radical de recherche d’idéal amène plusieurs changements sociaux :

  1. D’une part, la perte des traditions familiales et le renouvellement des modes de vie : soit on s’adapte à l’hyper modernité, soit on décide de se plonger dans un mode de vie plus rétro. En effet, l’idéal des jeunes adultes n’est qu’un idéal superficiel ou irréel – uniquement basé sur des idoles. De ce fait, l’éducation que l’adulte donnera à ses enfants sera une éducation toute aussi superficielle. Et au cours des prochaines générations à venir, ce changement se traduira par une perte des traditions familiales – et donc amènera un tout autre mode de vie qui ne fera que d’accroitre l’individualisme et la superficialité.
  2. D’autre part, ce changement revivifiera la virtualisation qu’il y a entre les individus. En effet, l’idéal idolâtre est en soi déjà une marque de virtualisation (l’idéal n’est jamais qu’une entité qui n’existe pas), or, l’éducation qui en découlera par la suite sera encore plus virtualisée. Ce qui amènera des problèmes dans les relations. Effectivement, les relations seront encore plus superficielles et fragiles, les divorces ne feront que d’augmenter.

Par ailleurs, l’augmentation des divorces ne fait que de briser encore plus les familles. L’enfant est balancé entre deux idéaux différents qui ne sont jamais présents : il s’enferme dans un idéal virtuel. Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux, les divorces sont le fruit de la virtualisation de nos relations, et la virtualisation de nos relations est le fruit des divorces qui fragilisent le sentiment d’idéal idolâtre chez l’enfant.

Mon idée n’est pas de faire un discours machiste contre les droits des femmes, loin de là. Cependant, il est indéniable que depuis l’absence d’une mère au foyer oblige les enfants à se tourner vers un idéal différent de l’idéal familial. Bien sûr, le père peut rester au foyer pour éduquer l’enfant. Mais malheureusement, la science n’a pas encore fait assez de prouesses que pour donner au père le privilège de l’allaitement. Mon discours ne prône en aucun cas le retour à une misogynie exacerbée – où la femme ne serait bonne qu’à accoucher et à faire la cuisine. Non. Mon discours ne fait que de montrer une réalité sociale bien ancrée.

Ici se trouve un tableau de http://statbel.fgov.be/ montrant l’évolution du nombre de mariages et de divorces depuis 1830. L’augmentation des divorces et la baisse des mariages est plus que claire.

Si le mariage est en baisse, c’est parce qu’il est vu comme un acte ringard, symbole religieux d’une société qui veut se laïciser. Encore une fois, nous nous trouvons dans un cercle vicieux : si nous perdons les traditions familiales, c’est parce que nos idéaux sont bouleversés, or, s’ils sont bouleversés, c’est parce que nos traditions sont de plus en plus perdues (retour à l’argument du modèle familial absent).

Par ailleurs, si le divorce est en hausse, c’est à cause de la virtualisation de nos relations et de la superficialité de la société.

à venir, la relation individu-médias.

Le Morse.


[1] Le Lysis.

[2] La catégorie qui s’ajoute au type de relation. Ainsi, on peut vivre une relation égoïste et physique, ou paradoxale et sentimentale.

[3] Amical, sentimental, sexuel, d’intérêt.

[4] Relation égoïste ou relation paradoxale.

[5] Sous formes de missives notamment.

[6] Cet argument est valable aussi pour l’information médiatique : les médias font passer pour un échantillon d’actualité mondiale ce qui n’est (souvent) qu’une anthologie de faits minoritaires.

[7] Tout ceci est à titre indicatif et purement approximatif.

[8] En vertu des

[9] Ces deux générations représentent parfaitement le mode de vie occidental du 20e siècle.

[10] Le parent peut aussi être un frère, un tuteur, un oncle, …

[11] Comme je l’ai dit plus haut, on ne veut plus attendre une lettre avant de recevoir une lettre de réponse : on veut un mail de réponse bien avant d’avoir envoyé la question.

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C’est la justice qui a enfanté Nordine !

Il n’est pas nécessaire de rappeler les faits de ce mardi dernier ; une poignée de morts, une petite centaine de blessés et une cité choquée des faits. Une ville choquée, qui n’arrive pas à se remettre de ce drame qui fit couler du sang sur le sol encore festif de la cité ardente. Alors que certains se recueillent sur le lieu du massacre, d’autres pointent du doigt les grandes institutions.

Tout d’abord, je tire ma révérence et adresse mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes[1] – rien qu’à eux.

Nordine Amrani était sous liberté conditionnelle lors des faits : il avait l’angoisse de retourner en prison. C’est vrai, lorsqu’on a peur, il est très souvent coutume de sortir avec un FN FAL, une grenade et une demi-douzaine de recharges pour tirer sur une foule innocente. Mais notre cher Nordine était faible, il avait peur de retourner en prison, il avait peur de toucher à nouveau à l’enfer de l’incarcération et de la captivité.

Pour élucider l’entière énigme de ce fait social, il serait raisonnable de rappeler le lourd passé de l’assassin : vente de stupéfiants, détention d’armes, recel et de nombreuses affaires de mœurs. Nordine était un grand ami des juges, ceux-ci prenaient d’ailleurs un malin plaisir à le remettre en détention après chaque récidive. Sauf qu’un jour, Nordine eut marre de retourner entre les quatre murs de l’incarcération, il savait pertinemment bien qu’il ne changerait pas, et que la prison ne le changerait pas. Il prit son destin en main, son FAL aussi, et commit l’irréparable.

Alors que les fascistes prônent l’insécurité et sa pseudo-race, d’autres divaguent dans des débats pacifiques, criant aux stéréotypes et aux injustices, insultant les adversaires de racistes. Ô insulte suprême de la société moderne. Quant à la justice occidentale, elle crie au fait isolé. Mais il existe dans les prisons des centaines de milliers de Nordine – tous prêts à commettre l’irréparable. Tous frustrés d’un système qui ne veut pas les changer mais les cacher : les isoler.

Il faut savoir que l’Homme est bon, il ne nait pas criminel mais le devient. Nordine n’est que le prophète d’un fait social avéré : la justice inutile et totalitaire. Aujourd’hui, ce sont des poignées d’hommes bardés de diplômes qui se permettent de juger un semblable. La justice ne fait que d’assurer la transition entre la liberté et la détention : elle détruit une vie en un claquement de doigts. Après son jugement, le prisonnier n’a rien d’autre qu’à attendre, attendre, et encore attendre dans un ennui infini. Certes, la prison est peut-être dotée d’un luxe que les geôles de l’Ancien Régime n’avaient pas, mais la privation de liberté est identique – et fait autant de ravages. Ce qu’il faut, ce n’est pas une prison aliénante où la haine n’est que conservée voir augmentée. Non ! Ce qu’il faut, c’est un encadrement ! Il ne faut pas enfermer les hommes qui s’écartent des règles, mais il faut justement les ouvrir à la société. Soigner les malades, ouvrir les prisonniers, faire changer le sujet pour qu’il redevienne vertueux et bon comme à sa naissance.

Les prisons ne sont pas la solution, regardez ce qu’il s’est passé Mardi ! Les prisons sont bonnes pour les fascismes ! Et moi, qui vous regarde du haut de ma colline, je rigole de vous voir crier à l’insécurité et à la pseudo-race de Nordine. Je ris à pleurer, d’ici, je me dis que vous n’avez encore rien compris à la société : continuez à enfermer vos frères et à renforcer leur haine envers la société, vous avez raison. Mais alors, continuez aussi à enterrer vos enfants.


[1] Rien qu’à eux, je ne parle pas des hypocrites qui profitent du moment pour se montrer par pure démagogie.

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Bonne rentrée 2011 !

A l’heure de la rentrée des classes, de nombreux élèves ont décidé de faire l’école buissonnière. Que ce soit Joëlle Milquet, Mouammar Kadhafi, DSK, ou Barrack Obama : tous jouent la carte des abonnés absents. L’un joue à cache-cache en terres inconnues, les deux autres aux docteurs et le dernier a disparu de la surface terrestre.

Par contre, il y a ceux qui sont bien là ! Les éternelles grandes-gueules, assises au premier rang, prêts à lécher de leur langue de bois le cul de l’institutrice. Olivier Maingain taquine et ironise sur la capacité intellectuelle de ses amis, Julian Assange ressort les incommodantes archives de la guerre froide et Tristane Banon revernis ses ongles de mains à côté de son avocat excité.

Ensuite, il y a ceux qui voulaient venir, mais qui ne pouvaient pas pour raisons médicales : Michel Daerden, grand absent de cette rentrée 2011, est cloué au lit à cause d’une vilaine cirrhose et Sylvio Berlusconi a eu une indigestion en mangeant un spaghetti dans un restaurant italien de « merde ».

Après « ceux qui voulaient venir, mais qui ne pouvaient pas », voici « ceux qui ne voulaient pas venir, mais qui devaient » : Bart de Wever, qui critique déjà le drapeau belge placardé au-dessus du tableau et Nicolas Sarkozy, arborant sa magnifique farde verte où l’on peut lire : « Love Kadhafi » barré et remplacé par : « love CNT ». Ces deux mauvais élèves – assis comme des racailles au dernier banc – critiquent déjà l’arrivée d’un nouvel étudiant serbe au cours « d’histoire européenne ». Ce dernier a d’ailleurs demandé si l’on ne pouvait pas intégrer des étudiants iraniens et coréens du nord, après tout, après un serbe, pourquoi pas ? Les élèves sont prêts à avoir leurs premiers cours, et c’est avec l’altruiste Anders Breivik qu’ils auront « défense contre les forces du mal ». Ils analyseront son manifeste personnel et esquinteront les méchants Arabes gauchistes moldus en usant de magie noire. Et de la magie noire, certains en auront amplement besoin pour laver leur honneur personnel, d’autres pour former un gouvernement…

 

Le Morse.

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La Peur

La peur

Avez-vous déjà ressenti la peur ? Non je ne parle pas de l’angoisse d’un examen ou de la crainte d’être dépassé dans la file du Delhaize : je parle de la réelle peur qui paralyse nos moindres mouvements et ce jusqu’à en devenir totalement aliéné. Difficile à dire si je l’ai vécue ou pas, mais ce que je sais, c’est qu’elle m’a frôlé de près.

Hier, après avoir été me coucher, je savourais les plaisirs du repos nocturne bien mérité. La nuit était calme, l’atmosphère chaude et lourde : tropicale, et l’obscurité planais sur ma chambre, tranchée par la lumière rouge de l’horloge de mon autoradio. Il est minuit, l’heure du crime dirons-nous, et petit à petit, c’est Morphée qui m’appelle, et je sombre doucement dans un sommeil léger. Une journée de ma piètre vie se termine, et bientôt en commencera une autre, quoi de plus banal ?

Je me réveille en sursaut, non pas par le cri strident de mon réveil mais par d’innombrables bruits lourds et graves mordant le silence plat de la nuit noire. Était-ce les bruits d’un centre-ville qui refuse de s’endormir ? Était-ce le bruit percutant des éclairs et de la foudre ? Etait-ce une fusillade ? Une révolution ? Un bombardement ? L’Apocalypse ? Trouble est l’imagination quand – seul – vous affrontez le noir, la solitude et le sommeil en pleine nuit. Il y avait – d’abord – en avant plan, des gouttes s’écrasant sur les fenêtres. C’était des kamikazes, les constructeurs du rythme dans cette terrifiante symphonie. En second plan – et beaucoup plus angoissant – c’était le ronflement d’un ciel agacé par son insomnie. Acrimonieux et rogue, le ciel aboyait constamment à la façon d’un dogue allemand : il voulait se faire entendre. Le bourdonnement foudroyant se trouvait juste au dessus de nos têtes ; c’est Satan qui nous bombarde ! L’Apocalypse, la fin du monde, l’attaque des damnés, la manifestation du Mal : tel était le message que voulait décerner ces bruits qui – en pleine nuit – ne passaient aucunement inaperçus. Les bombardiers de l’Enfer venaient de sortir de leurs aérodromes, ils voulaient du sang ! J’entendais leurs moteurs vrombir au dessus de moi, la foudre n’était qu’un prétexte pour décimer le monde des vivants. Enfin, de façon irrégulière, le tonnerre fouettait la ville de sa verge et torturait le peuple de son funeste vacarme. Hier, c’était Verdun, Stalingrad, Marignan, Hastings, la Normandie, et Berlin réunis, pas d’invasion germanique cette fois-ci : mais le macrocosme exacerbé de colère qui reprenait son dû. Il y avait les bombardiers en fond, mais les bruits les plus discernables venaient des chasseurs ; les Spitfire discrets doublés de Stuka rugissants. Non, je n’ai jamais entendu un bruit aussi affolant ! J’entendais les claquements du tonnerre et de ce fait les bombes de l’Enfer. Je percevais les cris d’agonie d’habitants n’ayant pas eu l’opportunité de s’abriter. Verdun, Stalingrad…

Le raisonnement est très spécifique lorsque l’on est seul dans un lit pour une longue aventure nocturne. Tourmenté par la peur, je ne bougeais plus, je jette un regard furtif en direction du réveil – « faites que l’aube soit proche ! Faites que l’aube soit proche ! » – minuit trente. Minuit trente ! Et cette horrible cacophonie ne cessait pas ! Instinctivement, j’use de mon réflexe animal : je fais le mort. Si l’invasion a commencée, ils ne m’auront pas car je suis déjà mort. Et je suis donc là – inerte – à rester immobile. Mes yeux secs n’osent cligner. Et pourtant, c’est une réelle insurrection qui se produit en moi. Mes angoisses les plus profondes sont remises au gout du jour : la peur d’être cambriolé, la peur de l’incendie, la peur de la violence, de la torture et surtout : la peur de la mort. La mort ? Je sens encore son haleine froide se poser près de moi, pendant que le pilonnage de la ville se perpétue. Le moindre bruit parait suspect, il y a quelqu’un dans l’appartement. Je sens la chaleur de son corps à travers les murs, j’entends ses pas résonner sur le plancher, je discerne son souffle exalté derrière ma porte. Je suis mort. Je ne bouge plus. Je suis immobile, inerte, face à un mur sonore. « Faites que l’aube soit proche ! ». Et pourtant, Dieu que j’aimerais me lever et regarder le ciel déchiré par l’orage, mais je ne peux bouger. Doucement, je prie les esprits de s’en aller, de partir loin, de ne revenir qu’au petit matin où la clarté d’un soleil décontracté les chassera à jamais de la ville. Mais c’est peine perdue, ils ne partent pas, ils restent là. Je m’enfouis sous la couverture, mon cœur bat la chamade, je capitule.

Après la tempête, voici le silence. Un silence de plomb qui n’arrange en rien le sentiment de peur provoqué par la débauche bruyante d’il y a quelques minutes. Après l’orgie sonore, voici la fixité du silence. Rien. Le néant. Deux scénarios s’offrent à ma conscience : soit l’armée du Mal bat en retraite, soit ils se sont posés pour envahir par la terre. Étant dans un terrible état de panique, c’est le second scénario que je présume. Les soldats de Satan sont maintenant dans les rues, ils paradent silencieusement pour humilier le peuple assiégé, la ville venait de capituler, comme j’ai capitulé face à la peur. Croyez-le ou non, j’entendais les tambours martelés d’un cortège militaire, réel délire craintif ou illusion sonore ? Je ne le sais pas. Mais ce silence lourd et excessif était pénible à supporter après un tel état de panique. J’entendais les claquements de bottes sur le palier de l’appartement, je devinais déjà le cliquetis de ma porte et prédisais déjà mon nom épelé par un ennemi venant de l’inconnu. Mon nom prononcé par l’ennemi résonnait dans ma tête et sur les quatre murs de ma chambre, le son s’entrechoquait sur le sol et terminait sa course dans l’entrebâillement de la porte. Le silence continuait. Je redoutais le sommeil car je ne voulais rêver d’un pire moment, mais je redoutais aussi l’éveil car les cruels soldats revenaient me hanter. Heureusement, la fin est proche, et enfin, Morphée me reprend dans ses bras après cette longue douleur.

Oui, hier, j’ai ressenti la peur.

Le Morse.

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